Gérald Penza 8 décembre 2013
Comment expliquer humblement la rencontre avec un personnage comme Monsieur Jean de Gribaldy, les rencontres d’ailleurs, mais une seule a suffi à un jeune de 18 ans comme moi, en 1985, pour ne plus oublier Jean.
Donc plutôt que de me lancer dans un déballage de superlatifs plus pompeux les uns que les autres, bien que Jean les mériterait, j’ai plutôt raconté ma démarche et pourquoi cette démarche, pour rejoindre le club dont il était président.

Septembre 1985, j’intègre le lycée International de Bois de Mouchard (39), déjà une étape qui n’était pas gagnée d’avance puisque un seul élève du Lycée de Luchon pouvait y prétendre. J’accède ainsi à un rêve, pas vraiment celui d’intégrer ce lycée, mais plutôt celui de rejoindre la région Franche Comté.


Pourquoi ? Tout simplement car mon idée principale, idée qui me trottait dans la tête depuis déjà quelques temps, était d’intégrer le club de l’Amicale Cycliste Bisontine présidé par un certain Jean de Gribaldy, une référence dans le milieu du cyclisme. Jean avait la réputation de donner la chance de passer à l’échelon professionnel aux jeunes coureurs, pour peu, bien évidemment que celui-ci présente certaines qualités…alors…!

Pour cela il fallait encore rejoindre l’effectif cycliste de l’Amicale et pour moi, plutôt que des paroles je ne voyais qu’une façon, se faire remarquer sportivement. En cette fin de saison 1985, la course de Grandfontaine (25), en 2,3,4 catégories et juniors 2, se présente, j’étais alors junior 2. Sur cette course, que je vais rejoindre à vélo depuis mon lycée, l’Amicale est bien présente et semblait-il avait comme objectif de gagner cette épreuve avec des coureurs de la trempe de Christian Bernard. Mais pour moi le vélo c’est la course, et la course c’est l’attaque (j’apprendrais plus tard que Jean aimait bien cette philosophie de course lui aussi), je fus donc rapidement échappé et n’abdiquais qu’au dernier tour sur crevaison. A cette époque il fallait réparer soit même.

Mais le résultat pour moi n’était pas négatif puisque un non moins célèbre personnage en Franche Comté « Le Belge » Pierre-Yves Bordy m’a proposé de me raccompagner à Mouchard, après un passage chez lui pour un frugal gouter, avec une excellente tarte à la rhubarbe, bienvenue après une journée sous la pluie. Bien sur le Belge m’a parlé de mes projets concernant le cyclisme et surtout quel club j’allais rejoindre la saison prochaine. Mon choix était déjà fait, je ferais parti de ce grand club, l’Amicale Cycliste Bisontine, cher à Jean de Gribaldy.
La deuxième « étape » en ce mois de septembre c’était de me rendre au magasin de la place du marché à Besançon, j’en avais entendu parler même chez moi dans les Pyrénées. Et le premier mercredi, nous voilà, avec mon collègue Frédéric Gez, autre Pyrénéen, parti pour « Besac ». Dès que j’ai poussé les portes, c’était comme de pénétrer dans un temple dédié au cyclisme, il y avait aussi de l’électroménager et des meubles, mais ce n’était pas ce qui m’intéressait.


La partie cycle était fabuleuse, très bien achalandée, et ce n’était pas tout car au milieu de tout ce matériel trônaient beaucoup de trophées comme ceux que j’ai le plus remarqué qui étaient les trophées du Super Prestige Pernod de Sean Kelly, notre idole dans ces
années-là.
Le « top » pour moi, c’était le bar où se retrouvaient nombre de coureurs, même des pros, pour refaire les courses passées, c’était l’âme de ce magasin et surtout un détail qui montrait le côté visionnaire de Jean pour tout ce qui touchait à son sport. Mais Jean n’était pas toujours présent au magasin et souvent nous rencontrions Madame de Gribaldy qui en véritable chef d’entreprise veillait sur ce petit bijoux et faisait tourner la boutique, comme on dit.

La première fois que j’ai rencontré Monsieur de Gribaldy, bien évidemment au magasin, c’était pendant l’hiver, et j’étais là pour prendre contact avec mon nouveau directeur sportif, Denis Bordener « le Grand ». Et là, je peux dire que j’ai passé un grand moment, des conseils comme s’il en pleuvait, distillés très calmement, dans la simplicité par monsieur de Gribaldy. C’était comme Noël avant l’heure pour un jeune de 18 ans. En plus de tous ces conseils dont j’allais pouvoir bénéficier pour progresser, l’autre gros avantage d’intégrer l’Amicale c’était la mise à disposition de tout le matériel de l’équipe pro que Jean donnait au club. Du matériel comme les premières roues Lenticulaires, les premiers vélos plongeants, les Vitus 3 tubes carbone, puis 7 tubes, puis 9 tubes…les débuts du carbone, tout ça pour nous. Même les voitures Citroën CX à la célèbre couleur jaune comme les KAS.
Pour la motivation c’était énorme, nous, coureurs étions obligés de tenir un rang en Franche Comté et la tâche n’était pas facile car toute cette exposition de moyens pouvait créer un peu de jalousies.

J’étais paré pour commencer une grande saison 86, un grand club très bien structuré, un encadrement au-delà de toutes espérances, là aussi Jean savait s’entourer des bonnes personnes, un gros programme course avec des tours, mais surtout Monsieur Jean de Gribaldy que l’on savait veiller sur nous. Il était toujours prêt à partager ses expériences, mais un autre point très important, concernait comme je le disais précédemment, toutes les personnes qui travaillaient avec lui, Jean nous les faisait rencontrer.

Ainsi pour moi, encore une belle rencontre en la personne de Pierre Ducros, le Kiné de l’équipe pro qui avait un cabinet à Mouchard. Pierre n’était pas avare lui aussi de bons conseils, et une fois par semaine nous avions rendez-vous à son cabinet, là il nous massait (45’), des pros Franc-Comtois en profitaient aussi comme Jacques Décrion, Alain Parisot, Philippe Faivre ou encore le Champion de France de Triathlon de l’époque Grégoire Millet…Ces gens-là partageaient aussi.

Pendant les massages Pierre nous donnait des courts de diététique, c’était le cheval de bataille de Jean. La Diététique…Il nous a permis de découvrir des petits secrets comme le célèbre riz confiture avant une compétition. Sur les bienfaits de la diététique Monsieur De Gribaldy, avait tout compris avant beaucoup de monde, une dizaine d’années d’avance.
Je tenais à citer Pierre Ducros car cet autre Monsieur n’a jamais parlé de dopage, comme Jean d’ailleurs et comme à l’Amicale aussi. Nous savons qu’à l’heure actuelle c’est plutôt un luxe. D’ailleurs, pour preuves, Willy Voet, dans son livre cite Pierre comme une des seules personnes intègre rencontré dans le milieu, comme quoi…

Je ne vais pas m’étendre sur toutes les personnes que j’ai rencontrées en Franche Comté et notamment à l’Amicale, j’y serais pour longtemps au risque d’en oublier et ça me gênerait. Mais quand même une pensée pour toute la famille Orlandi qui était ma deuxième famille pendant mes années bisontines et qui a pris la suite à la tête de l’Amicale.

Pour revenir à Jean de Gribaldy, sa gentillesse, son désir de partager, son professionnalisme, son engagement auprès de l’Amicale, surtout l’esprit de camaraderie qu’il a sût y développer permettaient aux jeunes cyclistes de grandir sainement. Aucun n’avait peur de faire gagner son copain et l’on sait la force que cela peut donner dans une équipe.

Que l’on fasse toujours, ou non, du cyclisme après son passage auprès de Jean et de l’Amicale, l’image de Monsieur de Gribaldy reste gravée dans l’esprit de chacun, c’est une référence pour moi, même 25 ans après.


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