Bernard Thévenet 22 Novembre 2006
J'ai entendu parler de Jean de Gribaldy pour la première fois dès mes débuts en compétition.

Chez les cadets, je voyais les coureurs francs-comtois équipés de beaux vélos et de beaux maillots "de Gribaldy". J'ai rapidement su que c'était un ancien coureur. Puis il est apparu dans les pelotons pros avec ses "Indés". Je courais alors pour l'équipe lyonnaise Wolhauser et nous retrouvions souvent les "de Gri" en travers de notre route. Mais Jean de Gribaldy et Raymond Wolhauser, aussi rusés l'un que l'autre, comprirent vite que l'union fait la force.


Et en 1967 naquit la formation Cafés Ravis -Wolhauser - de Gribaldy. Mais la Fédération y vit un gros problème, une équipe amateur ne pouvait avoir que 3 entités sur le maillot : une extra-sportive (Ravis), un accessoiriste et un seul constructeur de cycle ! Les deux compères n'étaient pas du genre à se laisser arrêter par un règlement, Jean fit fabriquer des boyaux à son nom et devint ainsi officiellement équipementier !



L'astuce me permit de courir la Route de France * au sein de l'équipe de Gribaldy et d'y être l'un des équipiers du vainqueur Derek Harrison et de son second René Grelin. Cette superbe course se déroulait, cette année là, en Corse où les routes n'avaient rien à voir avec ce qu'elles sont maintenant. Il y eut tant de crevaisons que Maurice Jau, directeur sportif et mécanicien en même temps, passait ses nuits à réparer les boyaux ! Soit dit en passant, c'était un des traits de caractère de Jean, quand il avait confiance en quelqu'un il lui donnait souvent plusieurs responsabilités. N'est ce pas Christian Rumeau qui, de masseur, devint le directeur sportif attitré de Sean Kelly ?

Pour en revenir à mon parcours personnel, je fus, quelques semaines après cette course, appelé au service militaire. Sans m'en avertir, Jean avait réussi à me faire incorporer à Besançon au 19ème Régiment du Génie où son ami, le lieutenant Vuillemin, réussit à me trouver quelques bons de sortie pour aller m'entraîner. Sortir de la caserne pendant les 2 mois de classe aurait été impossible sans son concours (et éviter les manoeuvres au Valdahon non plus !). Merci Raymond.

Lors d'une permission, je m'embrouillai avec le directeur sportif de Wolhauser puis je fus muté au Bataillon de Joinville. De là, je rejoignis un club parisien et perdis contact avec Jean.

Bien sûr j'eus l'occasion de le côtoyer de nouveau au cours de ma carrière pro, mais c'est en 1980 que nous nous parlâmes le plus car il avait envie de me prendre dans sa nouvelle équipe France-Loire. Il vint à la maison pour signer le contrat... mais il l'avait oublié à Besançon. Vraiment ? Je ne sais. N'ayant plus de nouvelles, et le temps pressant, je signai chez Puch.Ça aussi c'était "de Gri" ! Il s'occupait de tellement de choses !


Cela dit, il faut bien reconnaître qu'il avait un don extraordinaire pour détecter les qualités chez les jeunes, mais aussi chez les moins jeunes, qualités qui avaient échappé à ses collègues. Combien de coureurs, inconnus ou plutôt ignorés chez les amateurs, sont passés pros grâce à lui? Des dizaines, et parmi ceux-ci de très bons coureurs, le cas le plus typique est certainement Joaquim Agosthino. C'est ce qui différenciait, et énervait, chez lui. Avec des budgets très raisonnables il disposait toujours de bons coursiers capables de gagner de belles épreuves.

Il avait aussi une différence avec le monde du vélo. C'est que le vélo n'était pas son seul monde ! Il fréquentait beaucoup le show-bizz et fut l'un des premiers à amener des vedettes du cinéma ou de la chanson sur le cyclisme.

Ceux qui ne l'ont pas connu ne pourront pas savoir qui il était, tant il serait compliqué de le comparer avec un directeur sportif ou un manager moderne. Le cyclisme a tellement évolué. Et je ne suis pas sûr que Jean aurait apprécié la tournure actuelle du vélo...

Cliquez ici pour découvrir une photo de la Route de France 1967 avec Bernard Thévenet



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