Mariano Martinez 28 Janvier 2007
Je pourrais écrire un livre sur Jean, et tous les coureurs qui l’ont côtoyé comme moi pourraient en faire autant. Je ne le connaissais pas avant qu’à la fin de l'année 1970 il vienne à Vauzelles (Nièvre), mon club à l’époque, pour me faire signer mon contrat "pro". Mes premiers pas chez les professionnels ce sont les années Hoover (1971) et Van Cauter (1972) au côté d'Agostinho. Ago était quelqu'un de très gentil et de très décontracté (j'ai partagé sa chambre avec lui lors du Tour de France 1972). Le Directeur sportif était GEM, Raphaël Géminiani, il lui mettait une grosse pression et lui rigolait et disait souvent qu'il avait mal aux jambes. J'étais très ami avec Ago, il m'impressionnait par sa musculature de "tarzan". Gem était un farfelu qui ne comprenait rien au vélo mais les journalistes l'adoraient… De Gri n'était là que durant les petites courses et lui était un maître, il était passionné par le cyclisme, c’est pourquoi plus que les autres il était capable de dénicher les talents.

Jean attendait d’un coureur qu'il fasse le métier (qu'il soit sérieux), il nous apportait personnellement ses produits diététiques (germe de blé, huile d'olive, jambon de régime etc…), et si un coureur se plaignait de fatigue il le faisait monter sur la balance. S'il était "lourd" alors il le renvoyait chez lui. Jean était partout et nulle part à la fois, il était insaisissable et toujours de bonne humeur, c’était un personnage à part. Au contraire de ses collègues directeurs sportifs, lui était plus respectueux des résultats. Même une place de 10e lui faisait plaisir, les autres ne regardaient que les classements. Quand j'avais bien couru, le lendemain j'avais droit à un traitement de faveur : roues légères et boyau léger.


La saison 77, au côté de Maertens, rime avec mes plus beaux moments de ma carrière pro car Freddy raflait tout. A ses cotés nous avons tout gagné (Paris-Nice, Liége-Bastognes-Liège, le Tour d'Espagne et 13 étapes, le Tour d'Italie, le Tour de Suisse), hélas tout cela pour rien car je n'ai jamais reçu les prix ou primes (FLANDRIA était en redressement judiciaire), de plus les Belges ne m'ont pas gardé et 78 a débuté par une période de chômage. Le seul coté positif que j'en ai tiré est que si je pouvais aider un leader de la trempe de Maertens, je pouvais moi aussi devenir un vrai leader d’équipe, et 78 a été du coup, grâce à l'expérience Flandria, ma meilleure année (meilleur grimpeur et vainqueur d'étape sur le Tour de France). Quant aux autres Français de Flandria, ils avaient compris que les Belges ne nous paieraient pas et du coup leur saison était gâchée.

Mon plus grand souvenir de coureur sous les couleurs de Jean reste le Tour de France 1972 où je termine 6e, Ago 8e et le belge Edward Janssens 10e. Du coup, nous avons fini 1er au classement par équipe. C'était formidable, car NOUS les "de Gri", nous étions la meilleure équipe du Tour !

De Gri était aussi pilote d’avion, comme dans la vie très décontracté. Et il chantonnait à son "manche" sauf, qu’un jour, alors que j’étais à bord avec lui dans son bi-place, à un moment il dit « Merde ça passe pas (il venait de décoller de Besançon et les sapins se rapprochaient et l'avion ne prenait pas assez de hauteur), et juste après il se remettait à chantonner !

Si je ne devais garder qu'un souvenir de Jean, ce sera celui d’un touche à tout, passionné de vélo et du monde du spectacle. Il était en "affaire" avec Johnny Hallyday, et ami avec les gens du spectacle comme Jean-Marie RIVIERE (cabaret Parisien), le chanteur CARLOS, ou encore l’imitateur Thierry le Luron. Parfois, au hasard de mes courses, il m'emmenait dans les lieux branchés de Paris. Guy Faubert, mon directeur sportif en 1978, patron de l'équipe JOBO, ne connaissait rien au monde du vélo, mais il avait à peu près les mêmes conceptions du cyclisme que Jean. C’est peut-être pour cela que j'ai réalisé ma meilleur saison avec lui, en 1978…


Tour de France 1972




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