Bernard Lecoanet 5 Mars 2007
On l’appelait le Vicomte mais pour moi c’était Monsieur de Gribaldy, oui Monsieur !

Quand je me suis décidé à lui rendre visite dans son commerce de la place du marché à Besançon, j’ai eu une agréable surprise. Affable, courtois et accueillant furent mes toute premières impressions. Je lui ai fait part de mon souhait d’acquérir un nouveau vélo et tout de suite il me répondit : "j’ai quelque chose pour toi". Il me fit monter à l’étage du magasin et me tendit un très beau cadre couleur orange flambant neuf, une couleur à la mode des années 70. J’en ai profité pour lui acheter un cuissard puis de nouvelles chaussures, modèle bizarre avec une bosse sous la semelle ; j’en fus étonné et il me rassura en m’invitant à regarder une photo des nouvelles équipes professionnelles.

L’affaire fut conclue et je l’en remerciai ; avant de partir il me donna quelques conseils que je garde encore précieusement.

A cette époque il était un directeur sportif étonnant et presque atypique. Il savait reconnaître et dénicher la perle rare inconnue du grand public, lui seul devinait très vite à qui il avait à faire et donnait très vite la chance au coureur, comme par exemple avec Kelly dont on sait ce qu’il fut dans les classiques du début de saison, sans oublier Agostinho ! Aucun directeur sportif de l’époque comme lui ne savait faire confiance à un nouveau talent repéré au premier coup d’œil, lui si ! Pendant longtemps les érudits se posèrent la question. Il n’y avait pas de réponse, seul le Vicomte savait, et lui seul.

Anecdote. Avant de rentrer à la maison, Monsieur de Gribaldy me demanda où j’allais courir la semaine suivante. Je lui ai indiqué que j’étais engagé au Critérium de la combe des mineurs au Creusot avec une côte digne d’un col des Alpes où on ne passe qu’avec le 24 dents. Cette épreuve était ouverte aux professionnels et amateurs et je n’oublie pas la victoire de Merckx devant Bellone. Ce jour là, on grimpait une rampe très pentue sur une petite route où on ne passait qu’à la file indienne entre deux haies de spectateurs criant et vociférant ; quelle ne fut pas ma surprise de voir le Vicomte en haut de la bosse accroupi et qui m’encourageait ! Il était venu pour «voir» et aussi pour m’encourager : « Allez Bernard , allez ! ». Moi le petit coureur ! Mais voilà j’ai toujours eu le défaut de me retrouver paralysé au mauvais moment ! Tout cela à cause d’une hyper émotivité face aux enjeux dans les grandes occasions. Je me suis retrouvé lâché à quelques centaines de mètres en essayant de maintenir le contact. A ce moment là, j’entends le bruit d’une voiture suiveuse, je me retourne et nouvelle grosse surprise, je vois Anquetil et Géminiani au volant d’une Ford ; pour me booster et par crainte du ridicule, mes neurones ne font qu’un tour et je reviens au contact de la course en terminant l’épreuve trop content.

Merci Monsieur de Gribaldy !


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