Jean-Pierre Andreu 20 avril 2007
J’ai rencontré Jean de Gribaldy par l’intermédiaire de Marcel Tinazzi, qui fait un peu partie de la famille. Marcel lui a parlé de mon expérience de mécanicien. Un jour de 1981, le téléphone sonne, Jean de Gribaldy qui m’appelle ! Je suis resté 30 secondes sans voix, il me contactait pour le Tour Méditerranéen. J’ai dit oui, automatiquement. Je me suis retrouvé dans sa voiture à suivre la course, le premier jour s’est bien passé. Progressivement, nous nous sommes très bien entendus. Petit à petit, il me faisait toute confiance. Il arrivait près de moi et étant très polyvalent, me demandait de m’occuper de tel matériel, de tel coureur ou encore des bidons pour la course.

J’ai bien appris à le connaître et je me suis aperçu que le bonhomme, c’était «autre chose». C’était vraiment «un monument» pour moi, il m’en apprenait tous les jours. J’avais bien entendu parlé de lui auparavant, car j’avais commencé le vélo très jeune, mais jamais je ne m’étais imaginé qu'un jour il fasse appel à moi. Jean agissait au jour le jour, mais sans être vraiment préparé, rien n’était jamais fait au hasard, il sentait les choses… «Tiens il se passe ça, il va se passer ça», disait-il, moi en mécanique il me disait «pour Kelly fais comme cela, pour Bittinger plutôt comme ça», il avait «le truc», «pour ce coureur, tu prépares son vélo, tu le bichonnes, tu vérifies bien les boyaux, qu’il n’y ai pas une tête d’épingle de défaut…» ajoutait-il. Moi j’étais tout petit, quand il arrivait j’avais toujours peur de faire une bêtise.


Je me souviens, un jour Kelly crève peu avant une arrivée, et voilà que je fais un dépannage roue arrière en 7 secondes. Ça a fait le tour du peloton et le soir il me dit «Petit, vous avez fait un truc». Il ne manquait jamais de remercier, de faire des éloges quand elles étaient justifiées. Mais par contre, il ne fallait pas non plus se louper ! C’était Monsieur de Gribaldy. Il n’élevait jamais la voix, il avait cette façon de parler, quand il ouvrait la bouche, tout le monde était au silence. A l’écoute. C’était un sorcier, je ne sais pas comment il faisait pour sentir à ce point la course. Dans la voiture, il me disait « tu vas voir comment cela va se passer, il va y avoir la cassure à tel endroit, ils sont mal placés, ils vont louper l’échappée devant, il va y avoir une montée chemin de chèvre, petite route, ils vont louper le coup…». Alors il se portait à la hauteur de ses coureurs et les prévenait. Le soir, comme soigneur, je l’entendais faire le bilan de la journée avec le coureur, Kelly par exemple, il refaisait la course avec lui, soulignait ce qu’il faudrait faire demain pour que tout se passe bien. A ce titre, quand il disait à un coureur de «faire la course», c’est à dire de sauter dans toutes les échappées, il fallait que cela soit fait dans ce sens… En 1981, à Hyères, étape que gagne Marcel Tinazzi au Tour Méditerranéen, il lui avait dit peu avant «tu attends tel endroit, tu lances une attaque…». Et Marcel l’emporte seul à Hyères. Pendant cette étape, Jean était totalement pris par la course, à écouter la radio, à tout regarder. Il bouillonnait, il voulait passer devant, ce qui était impossible. Et puis il a finit par pouvoir le faire, il a mis le pied à fond sur l’accélérateur, et à un croisement, un gendarme, et Jean à loupé à gauche pour entrer dans Hyères et a tiré tout droit. « Apparemment, «c‘est pas la bonne route» lui ai-je dit . Il ne savait plus où on se trouvait… Il a fait demi-tour et en évitant une voiture qui déboulait, voilà qu’il accroche une voiture de gendarmerie !

Quand j’ai appris sa disparition, j’ai pleuré. A 62 ans, j’en pleure encore. J’ai tellement appris de lui, j’ai par la suite appliqué ses méthodes à la lettre, chez moi en Provence, et les résultats étaient là. Cette manière qu’il avait d’être un fin psychologue. J’ai côtoyé beaucoup de directeurs sportifs, mais Jean c’était vraiment quelqu’un à part. Les autres d’ailleurs, je ne les voyais pas, le seul autre directeur sportif ouvert et sympa c’était Jean-Pierre Danguillaume, qui m’appelait le Marseillais.

Quand je pense à Jean, je pense à un podium à une place. Pas de second, pas de troisième, on ne peut pas mettre quelqu’un à côté de lui. Il est irremplaçable.



NB : Jean-Pierre, ancien coureur de haut niveau, conseiller technique à la Fédération Française de Cyclisme de Provence, soigneur et mécanicien en équipe professionnelle, est toujours actif dans le milieu du vélo. Il exerce son grand talent au sein de l’équipe de Distri Cycle Marseille (http://districyclemarseille.com/).


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