Jean-Marie Grezet 22 Juin 2007
J’ai croisé Monsieur de Gribaldy brièvement lors d’une course, j’étais encore amateur, notre premier face à face a eu lieu en juillet 1982. Cette rencontre a débouché sur une collaboration de trois ans, d’abord avec Sem France Loire (83), puis Skill (84-85).

Ce qui m’a décidé à collaborer avec M. de Gribaldy était le fait de son charisme empreint d’humanité. Il savait transmettre l’espoir et la confiance avec beaucoup de simplicité. Sa curiosité et son enthousiasme privilégiaient les rapports humains individuels. M. de Gribaldy fonctionnait beaucoup par personne interposée, il employait ses collaborateurs pour transmettre certaines consignes ou messages, ayant une dextérité subtile pour éviter les conflits ouverts tout en se faisant très bien respecter.


Son côté humain, un rien réservé, aussi bien dans la manifestation de ses émotions que dans sa discrétion au sujet de ses innombrables déplacements en faisait un homme un peu mystérieux.


A l’entendre, rien n’était vraiment compliqué en tant que cycliste, il suffisait de s’entraîner un peu (régulièrement), de faire attention à son poids de forme, à son hygiène de vie et à être prêt, à tout moment, de bourlinguer d’une course à une autre. En ayant eu la chance d’habiter proche de Besançon, j’ai souvent eu l’occasion de faire les déplacements en sa compagnie. En sifflotant quelques rengaines, au volant lui-même ou au poste de copilote, il nous contait parfois et avec une pointe d’humour quelques expériences vécues avec tel ou tel artiste, journaliste, sponsor ou coureur. Sous-jacent au récit, il y avait, presque toujours, un fond de morale.



M. de Gribaldy était souvent décrié dans le milieu du cyclisme mais jamais je n’ai vu quelqu’un le critiquer en sa présence, il émanait de lui une force empreinte de respect.
Une anecdote qui m’a le plus marqué se situe après une étape de Paris-Nice, nous avions eu une journée exécrable sous la pluie, Sean Kelly avait gagné l’étape en se détachant au sommet de la dernière difficulté. M. de Gribaldy arrive dans sa chambre, le félicite avec à l’appui un grand sourire et lui dit: «Sean, je t’ai vu depuis derrière, tu as deux kilos de trop, si tu veux gagner au col d’Eze demain, il te faut faire une demi-heure de home trainer.» Il n’avait pas fini sa phrase que le mécanicien entrait dans la chambre avec le vélo de Sean et le home trainer. Sean a mis son cuissard et il a pédalé. Le lendemain il gagnait, et haut la main, Paris-Nice.




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