Journal l'Alsace 19 Juillet 2009
L'âme-du-Vicomte

Natif de Besançon un 18 juillet, l’ancien pro et directeur sportif Jean De Gribaldy, décédé en 1987, a donné chance à nombre de coureurs dont Sean Kelly. Chauffeur sur le Tour, Jean-Claude Bagot témoigne.





L’histoire aurait été belle de voir Albert Timmer de la formation Skil franchir la ligne d’arrivée en vainqueur, hier à Besançon, dans la ville natale de l’ancien directeur sportif Jean De Gribaldy le jour de sa date anniversaire. Le « Vicomte » avait lui aussi une formation avec ce sponsor en 1984 et 1985 autour de Sean Kelly, ancien maillot vert et 4 e du Tour 1985, ou encore Eric Caritoux, lauréat du Tour d’Espagne 1984.

L’esprit de « De Gri », décédé en 1987, planait de toute façon sur ce Tour de France, le tracé de l’étape passant devant un autre de ses anciens sponsors Sem à Roche-lez-Beaupré et Albert Timmer se trouvant dans la bonne échappée du jour. Mais le Néerlandais de Skil-Shimano n’a pas la classe d’un Kelly et il a dû se contenter de la onzième place du jour.

Maillot à bandes rouges

Ce fameux maillot blanc bardé de bandes rouges était devenu célèbre en 1984 et 1985, à l’époque où il occupait le devant de la scène avec Sean Kelly. L’Irlandais était le leader de Jean-Claude Bagot, 51 ans et aujourd’hui présent comme chauffeur du patron d’Amaury Sport Organisation, Jean-Etienne Amaury. A l’évocation d’un personnage qui l’avait repêché d’une aventure, qui s’est achevée sans salaire, le Normand dit de suite : « Il serait là, il aurait eu une équipe avec des jeunes. Il donnait la chance à des coureurs qui n’avaient pas intéressé les grosses formations. Il raclait les fonds de tiroir et disait "Je n’ai pas d’argent, je te donne le minimum, à toi de choisir "».

Une fois ce pacte moral établi, les coureurs apprenaient rapidement à qui s’en tenir. « Quand on allait parler à Monsieur "De Gri", on y allait à reculons, rapporte Jean-Claude Bagot. Il ne parlait d’ailleurs pas beaucoup, il agissait. Si on faisait une erreur, il se montrait intransigeant. Et j’ai appris mon métier au contact de grands ». Dur à la tâche, ce coéquipier modèle a d’abord montré patte blanche en remportant le Tour méditerranéen dès son embauche en 1984.

Malgré l’exigence, Jean-Claude Bagot mesure la chance qu’il a eue de poursuivre sa route pour vivre treize années chez les pros. « J’en garde un bon souvenir. Un sou, c’était un sou, mais c’était payé ».

Un leader

Et les prix et primes venaient grossir la cagnotte des coureurs, et pour cause. « Ce qui distingue l’équipe Skil d’aujourd’hui à celle de mon époque, c’est qu’elle figurait parmi le top 10 mondial. Il y avait un leader et quand un mec marche dans une équipe, tout le monde marche. Par exemple, Joël Pelier n’avait pas plus de qualités que certains, mais il était tiré vers le haut ». L’Alsacien René Bittinger a aussi continuer à exploiter ses qualités grâce à Jean De Gribaldy, qui lui avait fait confiance en fin de carrière de 1982 à 1985.

Jean De Gribaldy aurait eu 87 ans hier et la voix du Tour de France, Daniel Mangeas, le voit encore sous son plus bel attrait. « C’était un homme de classe, une figure atypique ». Le cinéma l’a d’ailleurs mis en lumière sous les trait du regretté Daniel Ceccaldi dans Le Vélo. C’est dire si c’était un personnage.

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