François Thivillier 2 Janvier 2011
Au début des années 70, j’ai fait la connaissance de Monsieur Jean de Gribaldy dans son magasin de Besançon. Et je pense souvent aux nombreuses visites que je faisais chez « de Gri » comme on disait.

Je vais vous conter une anecdote qui reste pour moi un souvenir inoubliable parmi beaucoup d’autres. Elle souligne la gentillesse et l’homme au grand cœur qu’était Monsieur de Gribaldy. En 1975, peu avant le départ du Tour de France, je me rendis chez « de Gri » car j’avais cassé la jante de la roue arrière de mon vélo. Je fus accueilli par Madame de Gribaldy : « Allez voir Jean, il est avec les mécanos au milieu du magasin ».

Je me dirige donc vers Monsieur de Gribaldy, surpris et gêné, car il était en plein travail avec les mécanos à monter des roues de vélo. « Qu’est-ce qui t’arrive ? » me demanda t’il avec son éternel sourire. Je lui explique ma mésaventure, il me fait remarquer qu’il était en pleine préparation pour la Grande Boucle et qu’ils étaient en retard. Mais à ma grande surprise, alors que je m’attendais à tout autre chose, il me regarda en souriant, remarquant au passage mon air penaud : « Allez, viens ce soir vers 20h30, le magasin sera fermé, passe par la rue Luc Breton, frappe à la porte de l’atelier, promis ta roue sera faite ».

A l’heure dire je frappe à la porte de l’atelier. « Entre ». Et je trouve Monsieur de Gribaldy, seul dans l’atelier, en blouse de mécano, finissant ma roue tout en me parlant du Tour à venir. Il devait s’y rendre le lendemain même, avec tout le matériel préparé dans la journée, m’expliquant la préparation tardive pour cause du retrait de deux sponsors pour raisons financières et de la remise en route de sa nouvelle équipe MIKO de GRIBALDY.

Voilà Jean de Gribaldy, un Monsieur au grand cœur, directeur sportif qui a tenu à dépanner un simple passionné de vélo. Je ne l’oublierai jamais. Je pense souvent aussi à Madame de Gribaldy, car ma passion pour le vélo était plus importante que l’épaisseur de mon portefeuille. Elle a souvent arrondi les angles, en nous permettant avec mon épouse de nous équiper en électroménager et en meubles, car chez « de Gri » on pouvait se monter en ménage...

Sans oublier ce bar unique au cœur d’un grand magasin. Où pendant que je prenais un café Monsieur de Gribaldy lisait le quotidien ou la revue de cyclisme que je venais d’acheter en me disant « qu’est-ce qu’on raconte encore comme mensonges sur moi ? ». Dommage qu’il n’ait pas pu écrire un livre sur le cyclisme, « son cyclisme ».
Que de bon temps passé dans ce beau et grand magasin, à discuter avec Monsieur de Gribaldy toujours disponible, même après un retour de course de France, d'Italie ou de Belgique... Il passait par le magasin, fatigué certainement, mais toujours aimable. A gauche avant le bar du magasin, il y avait la petite cuisine, où je suis rentré quelques fois pour essayer cuissards et maillots. Et Jean de Gribaldy le nez dans ses papiers en toute modestie me laissait la place tout en me conseillant.

Et puis j’ai le souvenir pas banal de trouver Monsieur de Gribaldy chantant et jouant de l’accordéon assis sur les marches séparant le magasin. Besançon pour moi passionné dé vélo a été une étape de trop courte durée. Mais je garderai toujours le souvenir d’un homme au grand cœur, simple et gentil. Lorsque je me rends à Besançon, Place du Marché, immanquablement mon regard se pose avec nostalgie sur la façade de cet immeuble qui abritait ce qui fut pour les bisontins et les amoureux du vélo chez « de Gri ».

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