Gérard Fillon 2 Octobre 2011
C'est bien volontiers que j'apporte mon témoignage sur cette grande figure du cyclisme qu'était Jean de Gribaldy. Modeste coureur de 1961 à 1968, conscrit des frères Rigon, j’ai été en outre compagnon de club amateur de Pierre Rivory et Christian Blain, puis directeur sportif de Pelussin avec les frères Garde et Gilles Mas. J’ai aussi suivi quelques étapes du Dauphiné vers les années 78. C’est dire si une partie de ma vie a été indirectement mêlée aux choix et évolutions de Monsieur de Gribaldy. Le dirigeant sportif que je suis depuis 1969 a trouvé maintes occasions d'être un des admirateurs de Jean, car à bien y réfléchir, il s'est révélé outre le détecteur de talents que l'on connaît, comme le précurseur d'une véritable politique sportive.

Dans un cyclisme sans filière réelle d'accès au haut niveau, il offre à des indépendants ou amateurs hors catégorie la chance de côtoyer l'élite professionnelle. Comment ne pas assimiler cette pratique au statut de stagiaire pro qui fait encore vraiment défaut. Son recrutement judicieux de coureurs délaissés avec lesquels il réussit démontre qu'il faut savoir dans ce sport donner du temps au temps, ce qui est le contraire de la recherche du résultat immédiat Alors que la majorité des directeurs sportifs se contente de suivre en voiture la course et d'apporter le secours matériel, lui déclare «Je ne suis pas un directeur sportif mais un conseiller» inventant le coaching. En promouvant les trêves hivernales courtes, il anticipe là encore sur ce qui allait s'imposer comme préparation. De même sa chasse au surpoids fait prendre conscience du volet diététique.

Ce qui est frappant dans son sens de l'anticipation, c'est de le voir imposer le cyclisme aux médias et au showbiz. Tout en assurant la promotion du cyclisme, il parvient ainsi à convaincre des partenaires. Il sait aussi faire coller son image à la ville de Besançon et au département du Doubs par l'accueil d'importantes personnalités et stars, la valorisation du territoire s'en trouve assurée.
En résumé, plusieurs concepts se déclinent à partir de ces propres pratiques, la détection des jeunes, la formation au haut niveau, le coaching individualisé, la diététique et la valorisation de son territoire.

Aujourd'hui, on ne trouve pas l'équivalent de cette image fusionnelle entre le personnage, le cyclisme et sa ville. Pierre Rivory avec l'équipe de Saint Etienne Pelussin a tenté une expérience dans les années 80, aujourd'hui AG2R-Chambery et Vendée sont aussi sur une route approchante. Dommage que le système fédéral ne travaille pas sur le fonds de ces enseignements. Il suffit de consulter l'album de Jean de Gribaldy pour imaginer qu'au delà du Tour de France, il y a une autre vie possible pour le cyclisme en l'enracinant davantage dans les régions.

Alors, permettez-moi de vous féliciter pour avoir su conserver un tel patrimoine. C'est d'autant plus important que les nouveaux groupes professionnels et autres directeurs sportifs actuels pourraient s'inspirer de la vision de Jean et de son travail.

Gérard Fillon
Ancien Président du Comité du Lyonnais FFC
Co-Président fondateur du Comité Rhône Alpes FFC
Ancien Président du Comité Régional Olympique et Sportif


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